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Haïti Priorise: Égalité face à l’emploi, Torchenaud

Le Problème

En Haïti, les distorsions sociales et les inégalités qui régissent le marché du travail empêchent les femmes de se développer à pleine capacité. Selon une étude menée par le Ministère des affaires féminines et des droits de la femme (MCFDF), les femmes ne représentent que 32,7% du secteur formel et seulement 7% des postes de direction.

De même, sur le marché du travail informel, les travailleurs domestiques, dont la majorité sont des femmes et des enfants, ressentent les effets des inégalités du marché de l’emploi. En plus d'être sous-payés, ils sont pratiquement exclus du système de protection du travail.

Solutions

  • Congé de paternité
  • Augmentation du salaire minimum pour les travailleurs domestiques

Tableau récapitulatif du RAC

Intervention Avantage annuel (millions, HTG) Coût annuel (millions, HTG) Avantage pour chaque gourde dépensé
Congé paternité 12,559 9,579 1,31
Augmentation du salaire minimum (sans perte d’emploi) 4,343 3,775 1,15
Augmentation du salaire minimum (avec une perte d’emploi de 5,57%) 4,124 3,829 1,08

Ces chiffres s’appuient sur un taux d’actualisation de 5%

Avantages, coûts, et RAC

Congé paternité

Établir un congé de paternité payé et intransmissible de six (6) semaines après l’accouchement de la conjointe ou partenaire de l'employé. Cette intervention est proposée en vue de parvenir à une plus grande équité entre les sexes sur le marché du travail, en particulier pour garantir la participation pleine et effective des femmes et leur égalité d'accès aux fonctions de gestion à tous les niveaux de prise de décision.

Les employeurs sont réticents à embaucher des femmes sous prétexte que les femmes peuvent être absentes pendant de longues périodes en raison de la maternité. Cette intervention va changer les idées préconçues selon lesquelles les femmes sont prédisposées au travail domestique et les hommes apportent des revenus. Ce sera un frein à l'interruption presque certaine de la carrière des femmes après une naissance.

Cette intervention vise les hommes dans le secteur formel. On estime que 90% des congés de paternité seront pris pendant la durée de l'intervention. Le pourcentage de femmes travaillant dans le secteur formel augmente par conséquent de 6,8% par an ; l'écart salarial entre hommes et femmes, actuellement de 32% en Haïti, est réduit ; et du temps libre à la maison est généré pour les hommes.

Coûts

Les coûts qui résulteront de la mise en œuvre de cette intervention correspondent aux coûts du congé de paternité rémunéré et les coûts du remplacement des emplois masculins.

Coûts du congé de paternité : 2 milliards de gourdes

Coûts du remplacement des emplois masculins : 71,9 milliards de gourdes

Total : 73,9 milliards de gourdes

Avantages

Les avantages escomptés sont l'augmentation de l'emploi des femmes, du temps libre pour les hommes et une productivité accrue pour les entreprises qui diversifient leurs bases.

Le congé de paternité rémunéré signifie que plus de femmes restent dans la population active. Cet avantage est de même ampleur que le coût du remplacement des emplois masculins. Par conséquence, une baisse de l'emploi des hommes entraîne une augmentation de l'emploi des femmes. On estime cet avantage à 71,9 milliards de gourdes.

Les avantages du temps libre pour les hommes sont de même ampleur que le coût du congé de paternité : 2,0 milliards.

La principale raison de l'écart salarial réside dans le fait que moins de femmes sont embauchées pour les emplois les mieux rémunérés. Il a été démontré que le congé de paternité rémunéré entraîne une réduction de l'écart de rémunération. L'augmentation de la productivité qui en résulte pour les entreprises est obtenue en multipliant les avantages de l'augmentation de l'emploi des femmes en fonction de l'écart salarial actuel de 32%. Cela donne un chiffre de 23 milliards de gourdes.

Les avantages totaux pour un an sont de 96,9 milliards de gourdes.

Augmentation du salaire minimum pour les travailleurs domestiques

Une augmentation d'environ 43% du salaire minimum des travailleurs domestiques fixée par le décret présidentiel du 1er mai 2016 par le Président Jocelerme Privert. Le salaire sera donc de 250 gourdes au lieu de 175 gourdes. L'objectif principal sera d'améliorer les revenus afin que les travailleurs domestiques puissent mieux répondre à leurs besoins et avoir un meilleur accès aux services de base.

Coûts

Les coûts directs sont : une perte d'emploi au niveau de la classe des travailleurs domestiques et un excédent perdu par les employeurs. 

Excédent perçu par les employeurs : 3,6 milliards 

Coûts supplémentaires pour les écoliers : 174 millions de gourdes 

Total : 3,7 milliards de gourdes 

Les coûts indirects sont une augmentation du retard de croissance chez les enfants de travailleurs domestiques et une diminution du taux de fréquentation scolaire des enfants de travailleurs domestiques. 

Coûts supplémentaires pour les écoliers : 174,8 millions de gourdes 

Augmentation du retard de croissance chez les enfants de travailleurs domestiques : 22 millions de gourdes

Avantages

L'intervention peut entraîner ou non des pertes d'emplois. Certaines études dans les pays en développement sur les augmentations du salaire minimum dans le secteur informel indiquent que cela ne se traduit pas nécessairement par une perte d'emploi.

Le premier avantage est une augmentation du pouvoir d'achat des travailleurs domestiques et la variation de leur revenu annuel avant (50 400 gourdes) et après l'intervention (72 000 gourdes), tout en tenant compte du taux de conformité avec le salaire minimum dans les pays en développement, soit 78%. Cela se traduit par un avantage de 3,6 milliards de gourdes.

L'amélioration du pouvoir d'achat peut conduire à un meilleur accès aux services sociaux de base, et notamment à la scolarisation des enfants de travailleurs domestiques. L’avantage lié au nombre supplémentaire d'enfants inscrits est de 743 millions de gourdes.

Toutefois, si des pertes d'emplois de 5,57 pour cent sont présumées, l’avantage direct de cette intervention sera de 3,4 milliards de gourdes par an pour 205 176 travailleurs qui conserveront leur emploi et 710 millions de gourdes pour l’avantage scolaire.